4 Questions à Fabrizio Curcio, Chef du Département de Protection Civile Italienne

Monsieur Curcio est Chef du Département de la Protection Civile Italienne (DPC) depuis 2015. Né en 1966, il est ingénieur et à partir de 1994 travaille comme expert en gestion de catastrophes et planification, de 2008 à 2012 il a recouvert le rôle de responsable du bureau des urgences du DPC: il a eu la fonction de coordinateur de la réponse opérationnelle en cas de catastrophe, responsable du suivi du territoire, du développement des modèles organisationnels en urgence en relation au déploiement de la colonne mobile nationale, des procédures pour la planification opérationnelle et de la conception et mise en œuvre des exercices nationaux et internationaux de protection civile. Nous lui avons posées quelque question pour connaitre ses impressions sur IPCAM, notamment sur comment les rapports avec l’ONPC ont évolué grâce à ce projet.

Une des composantes principales des projets pilotes prévus par IPCAM est la rédaction du texte préliminaire d’une Directive Régionale définissant des procédures de fonctionnement de la Commission Régionale de Lutte contre les Catastrophes des Gouvernorats sélectionnés pour la réalisation des projets pilotes. Cette Directive serait inspirée de celle du 3/12/2008 réglant les modalités d’intervention en cas d’urgence du Système National de Protection Civile en Italie: quel est l’aspect plus important du texte italien et quel celui dont la mise en œuvre est plus difficile?

Un parmi les piliers de la Directive de 2008 est l’idée de créer, se sentir et opérer dans le Système. Ceci se base sur l’expérience murie dans le cours des années et sur les leçons tirées en gérant les différentes urgences : nous avons appris l’importance de travailler en synergie selon le principe de subsidiarité, en insérant dans le système toutes les parties prenantes, qu’elles soient institutionnelles ou pas. Dans ce cadre, un rôle actif des citoyens, informés et conscients, est fondamental non seulement pour faire face à l’urgence mais aussi en phase de prévention. L’objectif de tous ceux qui font partie du Service national de protection civile italien est évident et univoque : la tutelle de l’intégrité de la vie, des biens, du patrimoine et des installations humaines des dégâts ou des dangers posés par les catastrophes naturelles ou causées par l’activité humaine. Par conséquent, travailler en considérant un horizon plus ample de celui borné à sa propre administration, créer des synergies dans les phases de préparation et prévention pour être prêts à l’urgence est le sens de ce travail par fonctions de support. Ce concept est aussi parmi les questions fondamentales que nous avons essayé de transmettre aux collègues de l’ONPC dès le début du projet IPCAM. La valeur ajoutée de cette méthode permet d’exploiter les capacités et les ressources de chaque partie prenante et, par conséquent, de répondre efficacement aux urgences en évitant les duplications, grâce à l’adoption d’un flux partagé de communications et en travaillant de manière coordonnée. En Italie, les meilleures intentions de la Directive 2008 sont parfois entravées par la réalité : la protection civile est matière concurrente de l’Etat Central et des Régions, les indications qui sont données au niveau central sont sujettes à différentes interprétations, transposées dans les différentes normes régionales et appliquées par les nombreuses structures organisationnelles. Cette situation représente une criticité que peut-être nous partageons avec nos amis tunisiens qui devront tenir compte de cet aspect si ils souhaitent répliquer notre Directive après l’avoir adaptée au contexte tunisien.

Le Département de Protection Civile Italienne, en tant que partie de la Présidence du Conseil des Ministres, se situe au centre de la coordination du Système National de Protection Civile mais, condition indispensable pour son efficience, toutes ses composantes sont appelées à donner leur contribution: quel degré d’importance donneriez-vous à la définition du rôle de chaque acteur engagé dans la gestion d’une urgence et quel conseil donneriez-vous aux collègues tunisiens pour son bon fonctionnement?

De nos jours nous vivons une condition de limitation des ressources : même pour cette raison viser à d’efficaces synergies de la phase de planification à celle de la gestion des urgences en passant la phase de prévention demeure une nécessité non négligeable. En travaillant de manière isolée, aucun sujet ne peut, aujourd’hui, offrir des réponses complètes aux citoyens et à la société entière qui deviennent de plus en plus exigeants. D’autant plus que les tâches et les responsabilité de chacun, en Italie, sont bien définies par les normes. La capacité de valoriser le travail de l’individu dans une perspective commune est fondamentale. Afin de faire mieux fonctionner la gestion d’une urgence sont fondamentales la coordination – et savoir, cas par cas qui a la responsabilité de coordonner le travail de tous – et la pratique commune.

IPCAM et d’autres initiatives bilatérales que l’Agence Fédérale Allemande pour le Secours Technique ont réalisées avec l’ONPC ont contribué à mettre en pratique le principe de proximité pour mieux préparer la société civile et les citoyens à un rôle actif dans la prévention et gestion des urgences. Quelle est la valeur ajoutée de cette participation des citoyens et de leur meilleure préparation à réagir en cas d’urgence?

Je suis convaincu que le défis, à présent, est la conscience des risques. Le citoyen est inévitablement le premier acteur de la protection civile, mais il doit être informé et sensibilisé de manière adéquate: on pourra lui demander de contribuer activement à la réduction du risque si en même temps on lui offre les instruments pour le faire. Par conséquent qu’on parle de risque sismique ou hydrogéologique, de volcans ou de tsunamis, la conscientisation du public est une mesure de prévention. C’est dans cette vision que nait «JE NE RISQUE PAS », notre campagne de communication des bonnes pratiques de protection civile, menée grâce à l’engagement conjoint des institutions, du volontariat de protection civile et de la communauté scientifique italienne. Chez nous les volontaires sont présents dans tout le territoire, il le connaissent bien comme ils connaissent le contexte socio-culturel, et à leur tour ils sont reconnus par les institutions locales et leurs concitoyens qui donc leur font confiance. Former les volontaires sur la connaissance et la communication du risque, pour qu’ils puissent transmettre ces connaissances à leurs concitoyens, est un pari qui nous a permis de grandir et, en à peine cinq années, de porter les bonnes pratiques de protection civile dans des centaines de places italiennes. Même dans un territoire aussi vaste et à basse densité de population comme la Tunisie, où avoir un réseau de communication aussi capillaire pour aider les citoyens à se préparer et à réagir au mieux lors d’une urgence peut être compliqué, je crois que promouvoir les associations de volontaires et les former pour communiquer avec la population pourrait être une bonne occasion de rapprochement de l’ONPC à la population tunisienne.

Lors de la visite de la délégation tunisienne à Rome en janvier dernier, vous avez rencontré le Directeur Général de l’ONPC et vous vous êtes confrontés sur les nombreux défis que IPCAM pose à vos institutions. Quelle est la valeur que le DPC donne à ce projet et quel – à votre avis – que lui donne l’ONPC?

Notre péninsule, par position géographique et par culture, se sent très proche des autres pays baignés par la Méditerranée. L’ONPC est un partenaire privilégié, nous avons signé un Protocole d’Entente et notre collaboration vante vingt années d’expérience grâce aux Programmes financés par l’Union européenne et ses prédécesseurs. Ensemble nous avons abordé nombre de sujets : le passage de la réponse à la prévention, le volontariat, le renforcement de la salle opérationnelle et le support aux mécanismes de coordination interinstitutionnelle, et IPCAM nous offre l’opportunité de les approfondir ultérieurement et ouvrir la voie à de nouvelles initiatives encore plus ciblées aux exigences réciproques. Les conséquences potentielles des catastrophes naturelles ou causées par l’activité humaine nécessitent de nouveaux instruments et capacités pour les reconnaitre, les gérer et, si possible, les prévenir. Pour ces raisons nos protections civiles doivent évoluer et ainsi améliorer leur performance. Lorsque j’ai rencontré le Col. Maj. Dachraoui qui m’a présenté les priorités stratégiques de l’ONPC pour l’avenir, j’ai constaté qu’il partage ma propre vision: nos concordons notamment sur le fait que cette évolution, pour être vraiment fructueuse, doit être partagée et que pouvoir compter sur nos voisins devient de plus en plus important pour affronter les situations de crise qui souvent ont un impact au-delà des frontières nationales.  IPCAM, par exemple, avec ses cours de formation et ses projets pilotes peut faciliter le travail de l’ONPC et l’aider à réussir dans ses défis: le renforcement des capacités du personnel de protection civile, la sensibilisation de la population sur une connaissance plus approfondie du territoire et des risques, l’augmentation de la connaissance du mandat de la protection civile dans le pays et le renforcement de la collaboration avec la société civile, le monde académique et les autres administrations étatiques. Pour nous en plus, et je crois bien même pour l’ONPC, IPCAM représente une parfaite occasion pour développer les relations avec les Protections Civiles de pays voisins, partager les connaissances et les expériences pour une meilleure gestion des ressources communes.

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